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Chronique d'une Saint-Urbain à Douai


Bruno Tirmant

 


A l’image de la façade de la médiathèque de Douai, ce n’est pas Jules Verne qui nous invite à croiser des regards en ville, à la Saint Urbain, mais c’est Mathilde et Marie-Madeleine qui nous offrent un voyage en 80 stations au centre de la cité de la Scarpe.

Nous étions le samedi 30 mai 2026.

Nous honorions, ce jour, la Saint Ferdinand et le dicton du jour précisait que « lorsque mai est trop jardinier, cela ne remplit pas le grenier »....

Il est neuf heures trente à l’horloge de la gare. Cette dernière a été mise en service en 1846. Détruite lors de la Seconde Guerre mondiale, elle a été reconstruite par l'architecte Henri Chomette.

À ce jour, environ 9.600 voyageurs(es) par jour la fréquentent pour se rendre hors les murs de la cité ou d’y venir pour étudier travailler ou y rouler (belle maison du vélo) encore y flâner. Douai est la troisième gare des Hauts-de-France en matière de trafic. Lille et Paris sont les destinations les plus usitées. D’où viennent les voyageurs, qui sont-ils (elles), où vont-ils (elles), … ?

Première interrogation : D’où viennent les voyageurs, qui sont-ils (elles), où vont-ils (elles), … ? Un premier questionnement nécessaire pour mieux appréhender les attentes des élus(es).

 

Premier regard sur la ville :

La place de la gare est minérale, une arche contemporaine signée Fournelle-Chaussard l’égaye, une passerelle métallique blanche se profile au-dessus des voies ferrées. Elle dessert un parking silo. A l’aube de 2030, un hôtel 4 étoiles, un centre d’affaires devraient voir le jour.

Deuxième interrogation : est-ce un bon choix économique stratégique ?


Sur le plan socio-économique, la ville compte environ 40.000 âmes et sa population varie très peu depuis quelques années. Le taux de natalité intra-muros est légèrement supérieur au taux de mortalité. Ces chiffres sont importants pour expliquer la situation de la ville. La dernière pyramide des âges démontre que les populations entre 0 et 14 sont en nette diminution (- 14%) alors que la population de 60 à 74 ans représente 15% de la population. La ville devra s’adapter aux besoins des générations vieillissantes.


Petit clin d'œil culturel :


Arthur Rimbaud a écrit 22 poèmes à Douai lors de son séjour en 1870 quand il était, hébergé chez les demoiselles Guindu. A son jeune âge, il y dénonce la bourgeoisie et le système politique en place. Les cahiers de Douai reposent sur une phrase « Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques, que l'existence de mille hommes ne suffira pas à visiter ». On citera aussi, une poétesse locale et reconnue au niveau national : Marcelline Desbordes-Valmore

Charlélie Couture, en qualité d’artiste contemporain, l’a peint et exposé à la Chartreuse de Douai, très beau lieu muséal. Actuellement, une exposition photographique met en valeur Augustin Boutique.

Pour compléter ce pan de culture, comme François Vidocq, l’arrageois honoré par Balzac, Dumas et Hugo, nous avons pu nous évader grâce à nos deux guides dans les rues et les ruelles de la cité nordiste et admirer le patrimoine.

Troisième interrogation : pourquoi la ville n’est-elle pas membre du réseau Villes et Pays d’art et d’Histoire ? Douai, une ville d’art et de culture, une réalité appréciée ?


Nous avons été accompagnés par Maryse Carlier ajointe à l'urbanisme de la ville de Douai et son conseiller municipal délégué. Ces derniers nous ont expliqué avec beaucoup d'entrain et de passion, le challenge de leur mandat, axé sur la redynamisation du cœur de ville historique, très dense et riche, mais contraint. Contraint par les règles d’urbanisme, les conditions de l’Architecte des Bâtiments de France, la particularité des habitations, la mobilité dans la ville et enfin la crise économique.


 

Il faut rappeler ici que les citoyens(nes) de Douai ont renouvelé à quelques voix près (154) leur confiance à l’équipe municipale « sortante » lors des dernières élections municipales et l’opposition est plus à l’extrême que par les années précédentes. Dans le même registre, la ville de Douai n’est pas accompagnée au sein de la Communauté d’Agglomération ce qui oblige la ville à financer, avec ses fonds propres, ses ambitions de redynamisation... Si on ajoute au contexte local, que les activités commerciales et industrielles se situent à la périphérie de la commune, on comprend mieux la notion de désertification du cœur de ville constatée.

Quatrième interrogation : quels services de proximité doit-on développer pour les années futures ? Au regard, des nouveaux modes de consommation via les réseaux informatiques, le challenge des élus(es) n’est-il pas un challenge coûteux, vain ?


Si le commerce souffre, l’habitat en centre-ville doit être régulièrement soutenu par des actions ponctuelles. Adapter, réhabiliter, rénover, résoudre les problématiques des passoires énergétiques, faciliter leur accessibilité, autant de sujets à traiter. Sur ce domaine, la ville est aussi une facilitatrice pour opérer aux changements. Les aides financières sont déployées pour accompagner la transition.  

Cinquième interrogation : la ville acquiert, aux estimations du service des Domaines, des biens à destination de la vente ou de la location. Jusqu’où pourrait-elle aller ? Le dernier rapport de la Cour des Comptes régionale a alerté les élus(es) de la fragilité financière de la ville. Qui finira par payer ces investissements ? Les sommes dépensées hier, ne seront-elles remises en cause demain ? Quelle est la vraie valeur locative des biens ? Cela attirera-t-il de nouveaux résidents qui souhaitent habiter loin de la métropole lilloise ?


Une question plus générale intervient régulièrement : les études de besoins du territoire ont elles une concordance ou non avec les études de marché ?

 

Lors de notre promenade heureuse, détendue, aux bords de la Scarpe, des ouvrages d’art, des lieux historiques, la fonderie par exemple, le long du fameux tribunal, la Cour d’Appel de Douai, on parle peu d’écologie urbaine… même si la Ville revendique 130 hectares d’espaces boisés inscrits au PLU. La chaleur exceptionnelle de l’après-midi amplifie l’impression de mal-être. Si la place de la gare est bien minérale, d’autres endroits, en ville sont dénués d’îlots de fraicheur… ou sont peu plantés…et la voiture est encore bien présente sur les parkings et les trottoirs. Et quels sont les aménagements pour les personnes à mobilité réduite ? Ne jetons pas un pavé dans la mare, mais posons-nous la question.


 

Autre question générale intervient dans nos réflexions : les facilités accordées par la Ville aux investisseurs seront-elles à la hauteur des ambitions recherchées ?

 

Nous avons déjeuné paisiblement en riant, en savourant- les yeux fermés, les plats proposés et nous avons trinqué à la Saint-Urbain. Douce ambiance, un moment pour échanger sur nos impressions. Pas très loin, le marché de producteurs locaux, place Saint Ame, coloré, animé, reste aussi un lieu de tradition locale, qui attire. Une autre manière de faire vivre le cœur de Ville. A ce propos, il y a des noms de rue étranges, existe-t-il un lexique ?

 

Avant de nous quitter et remercier avec émotion nos guides, nous avons pu apprécier le contraste de cette ville : beaucoup d’atouts, de belles dynamiques et pourtant des difficultés à faire reconnaître les actions. Les critiquent fusent, les citoyens(nes) sont impatiens, les investisseurs s’interrogent, les projets nécessitent beaucoup de temps et de fonds : un exemple avec le projet de l’îlot de la Madeleine porté par la SORELI : convaincre 15 propriétaires de vendre 86 lots différents, choisir un projet adapté, démolir, aménager, viabiliser, vendre de nouveaux espaces, …. C’est réinventer la ville, mettre en valeur le patrimoine et faire vivre des habitants et des activités.


 

Nous recroiserons nos regards dans quelques jours, mois et années. Pour l’heure, il faut aller à Douai et voyager, à pied-et non pas en ballon, au centre de la ville et non pas de la Terre et comme Jules Verne, faire rêver, en vrai. S’évader, comme Vidocq de la prison du quotidien et y croire.

 

 

 
 
 

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